[Lecture utile] Comment vivre sa parentalité quand on est une maman noire et invisible ?

Je viens de lire un livre qui devait faire bien étrange aux passants (dans les mains d’une maman blanche) : Maman noire et invisible de Diariatou Kebe. Je lis le blog de l’auteure alors quand elle a sorti son livre compilation avec d’autres textes « exclusifs », bien sûr que j’ai voulu lire son histoire. Un blog, tu le prends en cours de route, tu le découvres à travers une problématique tapée sur Google principalement.  Un livre, c’est un tout ou le début d’une réflexion et là dessus, Dia n’a fait que confirmer ce que beaucoup diront : le monde est blanc et éduquer son enfant noir n’est pas évident.

Le monde de blancs : illusion ou réalité ?

J’ai grandi dans un quartier sur Paris très métissé mais c’était ma norme, je n’ai jamais remarqué. Du moins pas avant l’adolescence. A l’adolescence, c’est « babtou » pour « tout blanc », pas très sympa, c’est comme ça que je l’ai pris. Autour de moi, il n’y avait presque que des métissés alors certes. Mon nom de famille étranger à rallonge et compliqué m’a aussi fait tout de suite remarquer. A chaque début d’année scolaire, tous les profs l’écorchaient, quand certains n’osaient même pas le dire ! Bref, oui je me suis sentie différente : la babtou au nom de familleà rallonge ET compliqué. Se sentir différente mais pas à part non plus. Un monde métissé où le blanc est encore une couleur privilège.

Quand on annonce ce type de point de vue, il y a les yeux au ciel, les refus catégoriques et bien d’autres réactions. Chacun est libre de donner ses opinions et surtout quand elles sont issues du vécu. Nous parlons tous en fonction de notre expérience et même si on peut faire preuve d’empathie, on peut rarement se mettre à la place de l’autre.

Même si j’ai sentie une différence à l’adolescence entre les couleurs de peau, les religions, les pays d’origine, car en réalité il y a tant de choses qui peuvent séparer, je dois reconnaitre qu’à l’embauche, que lors de l’exercice de mon travail et aujourd’hui en tant qu’indépendante, je n’ai pas rencontré de problèmes, en tout cas pas à ma connaissance et c’est bon signe ! J’ai même oser déménager sur l’ile de La Réunion et être en minorité. Une île de métissage où le blanc n’est pas la couleur dominante, où le Français n’est pas la langue parlée dans de nombreuses familles, où les coutumes sont très anvrées et si différentes… Une ile où le blanc est même parfois une couleur négative (anciennes exploitations de canne à sucre, statut d’expat confortable ou meilleurs jobs…)  Je comprends mieux ce que veut dire être en minorité. Je dois aussi l’expliquer à ma fille qui rentre en grande section et qui a bien remarqué cette différence. Comment en faire une force ? Puis-je moi seule lui donner suffisamment d’arguments pour lui prouver que tout va et ira bien ?  

« Il y a tant de choses qui peuvent séparer » : Et si nous regardions ce qui peut nous rassembler ?

Nous avons tous quelque chose à revendiquer. Rien que d’être femme, on a de quoi faire dans sa vie ! Femme et noire, je conçois volontiers que c’est plus dur, femme, noire et musulmane etc… Ce que j’aime regarder c’est ce qui nous rapproche. En cela j’ai aimé le livre de Dia (oui, je me permets le petit surnom) : dès les premières pages, j’ai trouvé que ce livre était dans son temps, tombait dans un moment crucial de notre société en pleine crises (le s à crises est voulu car on pourrait dire crises de valeurs, de sens, d’identité…) et qu’il ouvrait le débat merveilleusement bien. Je l’ai lu comme un livre témoignage sur notre société. Je ne partage pas tous les points de vue, je ne suis pas aussi virulente et c’est normal car j’ai forcément un autre point de vue du à mon expérience. J’aime à croire que nous pourrons partager des points de vue et trouver des compromis ou même radicalement changer les choses quand c’est nécessaire. Je me souviens d’amis noirs tout au long de ma scolarité. Nous partagions de bons moments à l’école, une réelle complicité (et nous prenons encore des nouvelles aujourd’hui même si nos vies nous ont éloignées) mais jamais ils ne m’ont parlé de ce que Dia traite dans son livre : la qualité des cheveux ou de la peau qui ne s’hydrate pas avec les mêmes produits que nous (les blancs), même certains faits et romans de l’histoire noire ou de leurs traditions familiales ne m’étaient pas racontés. Je ne sais pas si c’est parce que je ne fais pas partie de cette communauté mais c’est un fait que j’ai aimé dans ce livre : la citation de points de vue d’historiens et des personnes référentes de la culture noire. Cela me donne envie d’en savoir plus : le savoir permet de comprendre et ouvre l’esprit après on peut chercher des solutions. La politique ou l’école doit régir vite (et mal) et ne prend pas à mon sens le temps de la compréhension.

Si on veut éduquer en prenant en compte son histoire et le pays où l’on vit, oui, il faut connaitre son passé et les diverses opinions. Se forger la sienne comme le fait Dia et donner à ses enfants une éducation c’est à dire leur donner les armes de ne pas reproduire les mauvais schémas : leur donner les moyens de construire sur leurs propres bases. Plusieurs de ses textes sont très émouvants. On sent cette maman française engagée et très préoccupée pour donner à son fils toutes les chances, les mêmes que d’autres (non noirs).

Revenons-en au livre, les points positifs :

  • Un livre facile d’accès, rapide à lire, qui aborde la grossesse et l’arrivée de bébé
  • Un livre bien documenté qui ouvre le débat et informera sur les produits à privilégier (type d’huile etc)
  • Un livre qui bien sûr, enfin, s’adresse à une communauté que peu représentée
  • Un livre avec une plume agréable et de belles touches d’humour
  • Un livre qui je l’espère permettra à certaines d’assumer de porter bébé dans le dos (et plus encore)

J’aurais aimé que ce livre requiert un côté plus pratique avec pourquoi pas la citation de produits par exemple pour les vergetures sur la peau de femmes noires (les produits sont mieux valorisés au moment de la naissance sur les soins de bébé). Cela est sans doute à retrouver sur le blog de Clumsy, sa page Facebook et autre !

Un livre qui ne peut être qu’utile !

Bonus pour toi lecteur : je t’offre mon exemplaire, un commentaire et je te l’envoie !

Comment retrouver le livre en librairie : Diariatou Kébé, Maman noire et invisible – Grossesse, maternité et réflexion d’une maman noire dans un monde blanc, La boîte à Pandore, octobre 2015, 156 p., 13 €.

5 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Maryam dit :

    Bonjour je n’ai pas reçu d’email pour avoir mon adresse postale.
    J’ai lu qu’il avait été envoyé à une autre maman.
    Ce n’est pas grave.

    1. theworkingmum dit :

      Bonjour
      La maman ne m’a pas répondu, je vais voir ce qu’il en est… Dure la logistique😉

      1. Maryam dit :

        J’attends de vos nouvelles😉

  2. Maryam dit :

    Bonjour,
    Réunionnaise habitant sur St-Etienne pour tout un tas de raison, je suis tombée sur votre blog il y a quelques temps lorsque la réunion me manquait trop !
    Merci pour tous les beaux partages que vous faites sur mon île, j’ai hâte de rentrer !

    Je suis très intéressée par la lecture de ce livre !
    J’espère être l’heureuse élue !

    A très bientôt !

    1. theworkingmum dit :

      Bonjour ! Le livre a été expédié à une maman plus rapide:-/ Peut etre que celui-ci peut tourner ?

Inspiré? Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s